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Le Socialisme

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Le socialisme désigne un système d'organisation sociale basé sur la propriété collective (ou propriété sociale) des moyens de production, par opposition au capitalisme. Il est l'objectif de divers courants apparus et développés depuis le XIXe siècle, et ayant abouti aujourd'hui aux différents courants marxistes et anarchistes, ainsi qu'aux sociaux-démocrates. Le mouvement socialiste recherche une justice sociale, condamne les inégalités sociales et l’exploitation de l’homme par l’homme, défend le progrès social, et prône l'avènement d'une société égalitaire, sans classe sociale.

Pour leur part, les universitaires Georges Bourgin et Pierre Rimbert définissent le socialisme comme « une forme de société dont les bases fondamentales sont les suivantes :

  1. Propriété sociale des instruments de production ;
  2. Gestion démocratique de ces instruments ;
  3. Orientation de la production en vue de satisfaire les besoins individuels et collectifs des hommes. »
Étymologie

Du mot latin socius, nom commun signifiant compagnon, camarade, associé, allié, confédéré et adjectif signifiant joint, uni, associé, allié, mis en commun, partagé.. Le mot socius dérive du verbe sequi : 'suivre'.

Sa première utilisation remonte à l'abbé Sieyès qui dans les années 1780 évoque un « traité du socialisme » devant parler « du but que se propose l’homme en société et des moyens qu’il a d’y parvenir ». Dans cette utilisation éphémère, le mot signifie alors « science de la société ».

Dans son sens moderne, le mot socialisme remonterait à Pierre Leroux, qui l'aurait employé en 1831 selon Branca-Rosoff et Guilhaumou et selon Pierre Leroux lui-même ; ou en 1832 dans son ouvrage Discours aux Politiques sur la situation actuelle de l'Esprit Humain selon son fils. En mars 1834, Pierre Leroux emploie le néologisme dans un texte intitulé De l'individualisme et du socialisme, publié dans la Revue encyclopédique. Pierre Leroux revendique son « invention », qu'il définit aussi comme « la doctrine qui ne sacrifiera aucun des termes de la formule Liberté, Égalité, Fraternité ».

Selon certains, ce serait Saint-Simon qui aurait utilisé pour la première fois le mot « socialisme » en 1827. D'autres font remonter l'origine du mot à l'anglais socialism (1822) ou à l'italien socialismo (1803).

Des sens différents

Selon les points de vue géographiques

Le mot socialisme a pris des sens différents selon les pays. Il s'agit là d'un glissement sémantique : c'est moins la définition du mot « socialisme » qui diffère selon les pays (il demeure un système opposé au capitalisme, basé sur l'abolition de la propriété privée des moyens de production) que l'usage de l'adjectif « socialiste ». Ainsi, actuellement,

  • En Europe méditerranéenne et méridionale, le terme « socialisme » désigne ce qui correspondrait dans les pays de culture allemande ou scandinave à la social-démocratie. Les partis socialistes français, italien, espagnol, etc. défendent ainsi une ligne majoritairement social-démocrate.
  • Dans les pays scandinaves et anglo-saxons, le terme "socialisme" désigne des courants plus révolutionnaires et en rupture plus nette avec l'économie capitaliste. Les pays de l'ancien bloc soviétique se revendiquaient également socialistes. Ainsi, en anglais, le terme socialist a gardé un sens très radical. Il est utilisé par l'extrême-gauche et a pratiquement le sens de "communiste" sans pour autant se référer à l'histoire de l'URSS stalinienne. Ainsi, par exemple, en Écosse, le parti Solidarity (Scotland's Socialist Movement), Solidarité (Mouvement socialiste d'Écosse), est-il un parti d'extrême-gauche issu du trotskisme.

Selon les points de vue politiques

Le mot socialisme a pris des définitions différentes selon le point de vue politique de celui qui l'emploie, donnant lieu à plusieurs débats qui portent en fait sur sa définition.

Au sein du mouvement socialiste, une définition plus ou moins large peut-être donnée au mot socialisme :

  • Une définition révolutionnaire ou réformiste : le socialisme ne peut être que l'abolition complète du capitalisme et son remplacement par une société socialiste, que cela soit le fait d'une révolution ou d'une série de réformes.
  • Une définition sociale-démocrate : le socialisme peut être réalisé par des réformes en restant dans le cadre du capitalisme, et par compromis (provisoires ou durables) avec l'économie "libérale". Cette vision du socialisme, qualifiée de sociale-démocrate dans le langage politique actuel, ou de "modérée", n'est pas reconnue comme véritablement "socialiste" par les autres tenants du socialisme.
  • Pour Karl Marx - et par la suite Rosa Luxemburg -, le socialisme correspond à l'abolition du salariat et à la socialisation démocratique des moyens de production. De ce point de vue, il ne faut pas confondre la socialisation marxienne des moyens de production et l'étatisation léniniste de ceux-ci. D'après Maximilien Rubel, le socialisme de Marx implique la remise en cause du Capital et de l'Etat-policier alors que le léninisme - parce qu'il maintient le système du salariat et la dictature d'entreprise - débouche sur un capitalisme d'Etat qui opprime de facto le prolétariat (pour le comprendre, il faut lire ses analyses sur le capitalisme soviétique).

La question du régime soviétique. Le terme socialisme a été utilisé par les dirigeants des États du bloc soviétique pour désigner leur propre régime (voir le nom de l'Union des républiques socialistes soviétiques). Le « socialisme » fut défini par des théoriciens léninistes comme l'étape préliminaire et nécessaire vers le communisme, la société idéale sans classes et sans État. Ce régime fut appelé aussi au départ la dictature du prolétariat, terme abandonné vers 1936 pour le « socialisme triomphant » et ensuite, vers les années 1970, le « socialisme développé ». Sur le plan politique, l'usage du mot "socialiste" par ces régimes est dénoncé par les socialistes non léninistes et par les léninistes non staliniens. Sur le plan historique, pendant la guerre froide, il a été fait un usage assez général du terme de "camp socialiste" (derrière l'URSS et le pacte de Varsovie) par opposition au "camp capitaliste" ou "occidental" (derrière les États-Unis et l'OTAN).

La question du rapport du socialisme avec la démocratie repose elle aussi sur une différence de définition du mot "socialisme" :

  • Pour les universitaires traitant spécifiquement du socialisme, ainsi que pour les socialistes, les deux notions sont inséparables, le socialisme étant vu comme le prolongement naturel dans l’ordre économique de ce qu’est la démocratie dans l’ordre politique. D'après la définition de Bertrand Russell, « L'essence du socialisme est par définition la revendication de la propriété commune de la terre et du capital. La propriété commune peut signifier la propriété par un État démocratique, mais n'inclut pas la propriété par quelconque État qui ne serait pas démocratique. ».
  • Pour certains auteurs, la notion de « démocratie » n’apparaît pas dans la définition qu'ils donnent du socialisme, considéré principalement comme un système économique marqué par l’abolition du capitalisme.

Historique synthétique du socialisme

Les origines du socialisme font l'objet d'un débat lié à la manière d'aborder le sujet. Même s'il n'est pas possible de dater l'origine du concept de socialisme aux philosophes de l'antiquité comme Platon qui globalement acceptait les castes et l'esclavage, son approche du concept de justice chercha a montrer que celle-ci était au profit des plus faibles, se rapprochant ainsi d'utopies sociales, de certains mouvements religieux ou laïcs antérieurs à 1789. D'autres le dateront à l'apparition de manifestations concrètes d'un mouvement identifié comme socialiste.

Du point de vue idéologique, l’analyse matérialiste situe le socialisme dans une perspective historique de volonté de la suppression du rapport « dominé / exploiteur », et se place dans la lignée de la plupart des luttes d'émancipation depuis l'Antiquité : héritage revendiqué notamment par les spartakistes de Rosa Luxemburg. Les intellectuels français rationalistes de l'entre-deux-guerres comme Paul Valéry se référèrent par contre davantage à René Descartes, en tant que « chef des conjurés », c'est-à-dire selon la formule de d'Alembert et la vision des Lumières, en tant que premier penseur laïque.

Du point de vue historique, un consensus général des historiens distingue deux phases dans la genèse du socialisme moderne. La première phase est le fait de penseurs de la première moitié du XIXe siècle, avec des hommes comme Saint-Simon, Robert Owen ou Charles Fourier puis Proudhon. La seconde phase tient compte de la naissance du terme « socialisme », ainsi que de l'apparition au milieu du XIXe siècle d'un mouvement, certes divisé, mais qui partage de grands points d'analyse. Ce mouvement nouveau a ainsi fait son apparition à l'époque des Révolutions industrielles du XIXe siècle et a trouvé un terrain de lutte intimement lié à la société moderne de classes (par opposition à la société des ordres), et notamment à la classe ouvrière. Le penseur principal de cette seconde phase est Karl Marx. La constitution des puissants États-nations à partir de la fin du XVIIIe siècle ont également été un élément d'analyse et de réflexion.

La question de l'État et l'éclatement du mouvement socialiste

Le mouvement socialiste est divisé dès son apparition, notamment quant aux moyens d'arriver à la socialisation des moyens de production. Les uns estiment que l'État est un ennemi par sa nature même, dont rien de bon ne peut sortir ; d'autres estiment qu'il est un outil dangereux mais utile, pourvu que l'on puisse en prendre le contrôle, avec là encore des divergences sur la méthode. De manière générale, l'on peut distinguer trois courants de pensée :

  1. Les partisans d'une disparition de l'État à long terme, mais partisans de s'en servir pendant une phase de transition. Afin d'organiser cette disparition, ceux que l'on a désigné au début du XXe siècle par communistes marxistes prônent ainsi l'accaparation des leviers de pouvoir de l'État par les prolétaires organisés, de manière violente s'il le faut, afin d'instituer la dictature du prolétariat. Les représentants de ce courant ont longtemps été les partis communistes affiliés à la IIIe Internationale. L'application revendiquée du socialisme dans les pays du bloc soviétique après la Seconde guerre mondiale a été violemment critiquée par d'autres groupes communistes, de type trotskistes ou appartenant à la gauche communiste. Actuellement, les partisans de cette idéologie se retrouvent davantage dans les mouvements d'extrême-gauche que dans les anciens partis staliniens, bien souvent associés au pouvoir « bourgeois ».
  2. Les partisans d'une transformation sociale s'appuyant sur l'État, par principe par des moyens non-violents (élections, groupe parlementaire socialiste). La violence est rejetée car inutile, tant que l'application progressive du socialisme ne produit que des bons effets qui contribuent au mouvement. Ce courant, un temps socialiste réformiste (où le mot « réforme » est à opposer à « révolution », mais encore dans une analyse marxiste) donna naissance aux partis socialistes de gouvernement, qualifiés selon les pays et les traditions de partis « socialistes », « travaillistes » ou « sociaux-démocrates ». Ils sont héritiers de la IIe internationale, reconduite après la guerre en IIe Internationale-bis puis refondée en Internationale socialiste. Les partis se réclamant de ce courant constituent actuellement en Europe l'une des deux principales forces politiques, et dirigent plusieurs pays. Ils sont la principale force politique de gauche au Parlement européen.
  3. Les partisans de l'abolition immédiate de l'État (sous forme de l'autonomie ouvrière par exemple), libertaires et minorité des marxistes, refusant l'utilisation d’un appareil d’oppression (l’État). Les libertaires défendent le fédéralisme au sein de la classe ouvrière. Le syndicalisme ou le communalisme était l'un des moyens pratiqués vers l'union des travailleurs, avant qu'il ne devienne subventionné par l'État « bourgeois » au cours du XXe siècle. Le conseillisme constitue quant à lui un autre mode d'action vers cette autonomie. Cette troisième voie ne réussit jamais à réellement peser sur les vies politiques nationales, à quelques rares et très transitoires exceptions près, toujours dans des contextes particuliers.

Par ailleurs, des militants ont tenté des expériences concrètes de socialisme utopique, notamment dans le cadre des colonisations. Les résultats pratiques de ces expériences ne furent guère convaincants, mais contribuèrent à nourrir la réflexion.

Les clivages initiaux de la pensée socialiste évoluèrent littéralement vers son éclatement en multitudes d'idéologies et de conceptions de la société souvent bien distinctes et qui recouvrent désormais aussi bien l'extrême-gauche que la gauche gouvernementale.

Les socialismes aujourd'hui

Les courants politiques se revendiquant aujourd'hui du socialisme sont : le socialisme marxiste, la social-démocratie (soit le mot « socialisme » tel qu'employé couramment en France), et les socialismes autogestionnaire ou libertaire (Socialisme libertaire). Le socialisme utopique dans sa manière d'envisager la société et le rapport à l'économie n'a pas connu de filiation politique homogène, bien qu'il ait été revendiqué par certains courants hippies et qu'il a influencé certains systèmes de pensée de la gauche non marxistes et en rupture avec la social-démocratie (économie solidaire, alternatifs, autogestion, communautarisme de lieux de vie). La pensée écologiste notamment, dans un certain aspect peut se situer dans cette filiation.

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