Samedi, Août 19, 2017
   
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Notre Omertà.

Ou, plutôt, nos lois du silence.

J'ai pris conscience de cette forme d'Omertà à la Française, il y a de nombreuses années déjà. Ma fille était encore collégienne, à Courbevoie, donc dans une banlieue considérée à juste raison comme "calme" et privilégiée. Comme tout père qui se respecte, j'avais demandé un rendez-vous avec sa professeur principale afin d'évoquer, avec elle, quelques problèmes de scolarité, de résultats scolaires et les moyens d'y faire face.

Après avoir fait le tour de la question, assez rapidement car nous étions très vite tombés d'accord sur les solutions à envisager, nous nous sommes mis à aborder d'autres sujets liés, non plus à ma fille en particulier, mais à l'enseignement et au niveau scolaire, en général et c'est alors que cette brave enseignante s'est lancée, et avec une sincérité absolue :

- "Il y a quelques jours, dans la cour, une gamine a été blessée à coups d'Opinel. C'est tout de même terrible !"
- "Effectivement, c'est plutôt grave."
A l'idée que cela aurait pu concerner ma propre enfant, je ne voyais pas quoi dire d'autre.
- "Oui, d'autant que les parents sont allés porter plainte, alors qu'on leur avait pourtant demandé de ne pas le faire."

- "... ?? ... Ben, attendez, ça me paraît un minimum ! Vous avez même de la chance que ce ne soit pas la mienne."
- "Oui, mais ça va se savoir, songez à l'image du collège, à l'enquête..."

Je dois reconnaître que, déformation de praticien à n'en pas douter, je me sentais beaucoup plus concerné par l'état de santé de la gamine, par son traumatisme et ses éventuelles séquelles, ce dont je n'ai pas entendu parler, que par les désagréments et les conséquences administratives que cette agression risquait d'occasionner au collège.

C'est là que j'ai saisi comment fonctionne la sphère "publique", tout simplement en s'efforçant de "ne pas l'être". L'État, dans ses diverses composantes, est infiniment moins préoccupé par l'existence d'un problème que par le fait de le voir porté sur la place publique.

C'est ce culte de la non transparence et cette constance dans l'opacité qui, constituant le fond de commerce du Canard Enchaîné, procure à ce célèbre "volatile du mercredi" un double rôle, d'un côté celui de "cafteur" utile et, de l'autre, celui d'initiateur du traitement même si, bien souvent, il nous est affirmé qu'il ne faudrait rien y voir d'autre qu'une simple coïncidence.

Nous sommes véritablement aux antipodes des pays anglo-saxonsles médias ont, culturellement, ce rôle et imposent, de fait, une règle du jeu fondée sur la transparence. Malheur, là-bas, à celui qui a menti ou qui se fait prendre la main dans le pôt de confiture. Gardons en mémoire l'affaire du Watergate, qui a coûté sa place à un Président, celle des relations Clinton-Levinski, ces quelques ministres Anglais qui, il y a peu, ont quitté leur poste pour des faits qui pourraient paraître anodins par rapport à ce qui se passe ici.

 

"C'est de l'acharnement ...

... il y a dû y avoir des fuites !"

Tel fut, sur un ton scandalisé, le commentaire d'un membre de la majorité en réaction à la parution d'un certain numéro, "plutôt étoffé", du Canard enchaîné.

Nous y découvrions en effet, d'un coup et en bloc, que l'argent des contribuables partait en fumée de luxueux cigares, en un rapport, sans doute hautement stratégique, sur les effets de la mondialisation, en une chambre d'hôtel, réservée au profit d'une représentante d'un ministère, plus chère encore que celles de notre équipe de foot nationale, qu'une limite d'âge, pourtant fixée par décret, venait d'être gaillardement piétinée pour permettre une nomination qui, sinon, aurait été impossible et que, pour finir, tel autre élu semblait, lui, avoir bénéficié d'un permis de construire suffisamment vrai pour affirmer qu'il l'était, mais assez faux pour, néanmoins, y renoncer.

Ce qui est stupéfiant dans cette réaction, qui entre de plein pied dans la notion d'Omertà, c'est de constater à quel point notre classe politique, au sens très large du terme et tous bords confondus, s'offusque, avec raison, de voir ternir son image mais ne peut supporter, ne serait-ce qu'un instant, que les turpides maladroites de certains soient mises sur la place publique et ceux-çi au pilori.

Dans une République, sauf bananière, une ...fuite... ne devrait, en aucun cas, être perçue comme un dysfonctionnement de la loi du silence, mais comme la transparence que nous sommes en droit d'exiger.

Ceci étant et comme il y a loin de la coupe aux lèvres, il ne nous reste qu'à espérer encore de nombreuses fuites.

 

Va te faire ...

... faire une exploration proctologique, malpropre fils d'une femme exerçant le plus vieux métier du monde !

Injure délibérée ou simple invite à un examen relevant de la médecine préventive, nous ne le saurons probablement jamais, et c'est dommage, mais la version plus "littéraire" et tout public de la phrase qu'aurait prononcé Nicolas Anelka à l'adresse du Coach permet de la reprendre et d'en analyser les conséquences.

En vingt-quatre heures à peine, entre le samedi et le dimanche, ce qui devenait primordial n'était plus la phrase elle-même, ni son contenu pour le moins hard, ni ce qui aurait pu la justifier, mais le fait qu'elle ait pu être rendue publique.

L'équipe, pas le journal mais le groupe de joueurs, était soudainement obnubilée par la seule et unique "recherche du traître" [sic] qui avait rompu la loi du silence et, par voie de conséquence, par ceux qui avaient eu l'outrecuidance de s'en rendre complices. Rien que le mot employé est symptomatique de ce mal.

Ce culte de l'Omertà est tellement ancré dans nos mœurs qu'il est pratiqué partout, partout où le pouvoir et/ou l'argent sont tributaires d'une image que doit se forger ou entretenir, un peuple ou des spectateurs.

C'est pourquoi cette tentation de l'opacité ne se limite pas à l'État et au monde politique, mais affecte aussi les milieux sportifs, surtout si de très grosses sommes sont en jeu, ainsi que cette triste coupe du monde l'a confirmé.

   

Le "Devoir de réserve".

Ne se fondant sur aucun texte, il n'est rien d'autre que... "la loi du silence" de la fonction publique.

En effet, et bien que souvent invoquée pour justifier la sanction d'un agent, le concept d'un "devoir" ou d'une "obligation de réserve" ne figure dans aucun texte législatif ou réglementaire, pas plus que dans la loi n° 83-634, ou loi Le Pors, du 13 juillet 1983, qui reste le texte de référence des droits et obligations des fonctionnaires.

Laissons de côté l'obligation évidente au respect d'un minimum de "secret professionnel" dès lors qu'il s'agit de policiers, de magistrats ou, encore, de militaires dans l'exercice de leurs fonctions.

Par contre, c'est tout à fait délibérément que ce devoir de réserve n'a pas été intégré aux obligations des fonctionnaires puisqu'un amendement visant à en inscrire l’obligation dans la loi a été rejeté, à l’Assemblée nationale, le 3 mai 1983 au motif que celle-ci était "une construction jurisprudentielle extrêmement complexe qui fait dépendre la nature et l’étendue de l’obligation de réserve de divers critères dont le plus important est la place du fonctionnaire dans la hiérarchie".

Il en ressort que ce sera, finalement, à la jurisprudence qu'incombera le soin de réguler certaines situations afin, le plus souvent, de protéger l'administration de la libre expression de ses agents.

Lire la suite : Le "Devoir de réserve".

 

L'Education nationale.

Grammaire, Rhétorique, Logique, Arithmétique, Géométrie, Musique, Astronomie...

arts libéraux, grammaire,cathédrale,chartres

Pour une population essentiellement constituée à l'époque de paysans plus ou moins illettrés, plutôt plus que moins sans doute, ces sept disciplines intellectuelles étaient le moyen d'accéder à la connaissance pour ne plus être " serf de la terre ".

Lire la suite : L'Education nationale.

   

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