Mardi, Décembre 10, 2019
   
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Notre Omertà.

Ou, plutôt, nos lois du silence.

J'ai pris conscience de cette forme d'Omertà à la Française, il y a de nombreuses années déjà. Ma fille était encore collégienne, à Courbevoie, donc dans une banlieue considérée à juste raison comme "calme" et privilégiée. Comme tout père qui se respecte, j'avais demandé un rendez-vous avec sa professeur principale afin d'évoquer, avec elle, quelques problèmes de scolarité, de résultats scolaires et les moyens d'y faire face.

Après avoir fait le tour de la question, assez rapidement car nous étions très vite tombés d'accord sur les solutions à envisager, nous nous sommes mis à aborder d'autres sujets liés, non plus à ma fille en particulier, mais à l'enseignement et au niveau scolaire, en général et c'est alors que cette brave enseignante s'est lancée, et avec une sincérité absolue :

- "Il y a quelques jours, dans la cour, une gamine a été blessée à coups d'Opinel. C'est tout de même terrible !"
- "Effectivement, c'est plutôt grave."
A l'idée que cela aurait pu concerner ma propre enfant, je ne voyais pas quoi dire d'autre.
- "Oui, d'autant que les parents sont allés porter plainte, alors qu'on leur avait pourtant demandé de ne pas le faire."

- "... ?? ... Ben, attendez, ça me paraît un minimum ! Vous avez même de la chance que ce ne soit pas la mienne."
- "Oui, mais ça va se savoir, songez à l'image du collège, à l'enquête..."

Je dois reconnaître que, déformation de praticien à n'en pas douter, je me sentais beaucoup plus concerné par l'état de santé de la gamine, par son traumatisme et ses éventuelles séquelles, ce dont je n'ai pas entendu parler, que par les désagréments et les conséquences administratives que cette agression risquait d'occasionner au collège.

C'est là que j'ai saisi comment fonctionne la sphère "publique", tout simplement en s'efforçant de "ne pas l'être". L'État, dans ses diverses composantes, est infiniment moins préoccupé par l'existence d'un problème que par le fait de le voir porté sur la place publique.

C'est ce culte de la non transparence et cette constance dans l'opacité qui, constituant le fond de commerce du Canard Enchaîné, procure à ce célèbre "volatile du mercredi" un double rôle, d'un côté celui de "cafteur" utile et, de l'autre, celui d'initiateur du traitement même si, bien souvent, il nous est affirmé qu'il ne faudrait rien y voir d'autre qu'une simple coïncidence.

Nous sommes véritablement aux antipodes des pays anglo-saxonsles médias ont, culturellement, ce rôle et imposent, de fait, une règle du jeu fondée sur la transparence. Malheur, là-bas, à celui qui a menti ou qui se fait prendre la main dans le pôt de confiture. Gardons en mémoire l'affaire du Watergate, qui a coûté sa place à un Président, celle des relations Clinton-Levinski, ces quelques ministres Anglais qui, il y a peu, ont quitté leur poste pour des faits qui pourraient paraître anodins par rapport à ce qui se passe ici.

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