Vendredi, Juin 05, 2020
   
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Refonder le Politique.

 

Autrefois «Panem et Circenses», aujourd'hui «Panem et StarAc» et demain, sans doute, «Tittytainment» ? *

Dans les causes du mal français, Hexagoneries de mars 2011, cite beaucoup de faits et de comportements qui devraient nous remettre en question. Et l’article se termine par cette provocation que je complète en en faisant le titre de cette réflexion. Car la période que nous vivons est très certainement une profonde et lente transition vers un monde différent où le pire n’est pas exclu.

Pour éviter ce pire, notre effort doit donc tendre à restituer à toutes les catégories de personnes leur dignité et leur droit de participation et de proposition. « C’est la non observance de la norme d’humanité qui est ici en cause. La reconnaissance de cette norme implique nécessairement la reconnaissance de l’autre homme en tant qu’acte d’attestation d’une commune humanité. La suppression de la norme d’humanité, entraînant la rupture de la relation à l’autre en tant que « semblable », a pour conséquence de faire régresser chaque subjectivité dans l’autisme social. Qui est l’une des figures que prend de manière effective, l’altération de l’essence humaine ». Ce qu’écrit ici le québécois Paul Chamberland n’est pas seulement que les personnes ou les catégories sociales vulnérables courent le risque de stigmatisation ou la tentation permanente de les faire se conformer à une norme sociale artificielle. C’est le sentiment de la fin de l’humanité, le fait d’une désespérance généralisée.

Le 4 Août 1999, deux enfants guinéens de 14 et 15 ans sont retrouvés morts de froid dans le train d’atterrissage d’un avion à Bruxelles avec cette lettre : « aidez-nous, nous souffrons énormément en Afrique, la guerre, la maladie, le manque de nourriture ». Quatre ans auparavant, un colloque réunissait à San Francisco des experts et hommes politiques et concluait que dans le siècle à venir, deux dixièmes de l’humanité suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale. Mais comment le cinquième fortuné de la population pourrait-il occuper le reste ? « Tittytainment » aurait répondu Zbigniew Brzezinski pour faire un effet de séance. Notre empire moderne a la dimension de la planète mais il est sans structure, sans pilote, sans signification ; la guerre, la pauvreté, le pain et les jeux sont le seul avenir qui semble possible avec une croissance intolérable des inégalités et des injustices.

C’est à cette situation à laquelle nous sommes confrontés et que nous ne pouvons nous cacher avec Internet, la télévision, les migrations internationales ou le tourisme de masse. Pour accompagner ce changement et fonder des valeurs, tout doit être fait pour que chacun puisse participer, à la mesure de ses capacités, à l’éveil de la société politique. Il faut aider à comprendre les nouvelles représentations du monde et des peuples, singulièrement des Français et des Européens, et proposer aux futures élites comme aux citoyens européens, des démarches nouvelles s’appuyant sur une analyse sans concession des réalités d’aujourd’hui, mais avec un éclairage rigoureux et prospectif de l’avenir et une vision à la hauteur environnementaux, démographiques, des enjeux technologiques, sociaux et économiques de demain.

Cette réflexion ne peut qu’aboutir à faire prendre conscience que l’État indivis, national et européen, devient urgent avec une gouvernance avisée et efficace pour sortir de l’impasse actuelle et prendre en compte la nouvelle situation mondiale. Alors c’est vrai les causes du mal français devront vite être réduite voire supprimées. Il faudra poursuivre la réforme de l’État, s’ouvrir résolument à l’Europe et être plus hardi en matière d’esprit démocratique. Nos fonctionnaires à commencer par les plus hauts devront faire preuve de courage et sortir d’une panne d’imagination pour que nos services publics soient plus efficaces et rendent les services que les citoyens attendent légitimement. Mais l’État en France ne se réformera pas si la société ne l’exige pas et ne se mobilise pas pour ce faire. Il en est de même au niveau européen comme au niveau mondial. Le pire n’est jamais sûr mais ce qui est certain c’est que la solution nous appartient.

* Le mot «tittytainment» combine les mots «entertainment, distraction, et «tit», sein en argot américain, In Le piège de la mondialisation de Hans-Preter Martin et Harald Shumann, Editions Solin (Actes Sud, 1997).

Francis Massé.


Ancien élève de l'ENA, de l'IHEDN et du Cycle des Hautes Études Européennes, Francis Massé est un professionnel du management public. Haut fonctionnaire au ministère chargé des Transports et du Développement durable, ancien directeur général délégué de RFI, il est aussi essayiste, conférencier et membre fondateur du Cercle de la réforme de l’État et de l'association pour l'Optimisation du Contrat social. Par ailleurs, il est vice-président d'EuropeCréative et membre expert de l'Association des Villes numériques. Son dernier livre, "Refonder le Politique", va paraître aux éditions Nuvis en janvier 2012.

 

Présentation de l'éditeur.

Pourquoi les politiques publiques n'atteignent elles pas ou insuffisamment leurs cibles ? Pourquoi des réformes aboutissent-elles tardivement, souvent à contretemps ? Pourquoi ne sont-elles jamais menées à leur terme alors que le temps presse ?

Parce que la société française et les citoyens européens n'exigent pas du Politique les transformations qui s'imposent afin de réformer l’État. Pour comprendre la nécessité de modifier en profondeur le pilotage public, national ou européen, face à l'endettement public galopant et aux crises multiformes qui émergent à des échelles d'intervention différentes, l'auteur prend le parti d'une introspection de nos cultures sociétales, politiques et administratives. "Refonder le Politique" consiste pour lui à induire de nouvelles démarches de changement à partir d'un nouveau regard porté sur le monde tel qu'il est. Ainsi, l'auteur tire de la Culture les ressorts possibles d'un renouveau sociétal. En se situant délibérément au cœur du blocage français et des raisons profondes des dysfonctionnements du service public, il trace les orientations susceptibles de réformer l’État en profondeur, en sorte qu'il se place réellement au service de la Société et des citoyens.

"Pour sortir de l'impasse actuelle et lutter contre le cynisme et la cupidité, écrit-il, nous devons mener un quadruple combat : 1. faire émerger une sphère de vie sociale où puissent se recréer des dynamiques de recherche et d'investissement éthiques ; 2. formaliser un nouveau contrat social entre les citoyens français et européens ; 3. reconnaître les entrepreneurs, le marché et les entreprises ; et 4. rénover notre vision d'un État-stratège, national et européen. Ceci implique qu'un intérêt général soit redéfini à partir de la Culture, c'est-à-dire d'un vivre ensemble."

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