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Syrie, la fin de l’Europe ?

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L’Europe est en principe, dans le discours quasi unanime de la classe dirigeante et intellectuelle, l’entité politique supérieure à laquelle appartiennent les nations européennes. Cette affirmation relève du dogme intangible. Cependant, il faut bien être aveugle aujourd’hui, ou hypocrite, pour ignorer à quel point cette union à 28 est aujourd’hui moribonde.

europe-drapeau

Bien sûr les institutions de l’Europe, son Conseil, sa Commission, son Parlement, sa cour de justice, continuent de fonctionner d’un point de vue bureaucratique, à produire des normes et des sanctions qui tombent chaque jour à la pelle. Mais l’esprit de l’Europe, son essence n’en finit pas de mourir et l’affaire syrienne est particulièrement révélatrice de cette agonie.

D’unité des grands États européens sur ce dossier crucial - la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, Italie, Espagne, Pologne – il n’est même pas question, nul n’y songe sérieusement. Cette perspective semble relever de la pure utopie, appartenir à un autre monde, une autre époque. En 30 ans, le recul de l’idée européenne est époustouflant.

Lisons les mémoires de Valéry Giscard d’Estaing. Jamais il ne prenait une décision sensible sur le plan international sans concertation étroite avec son ami Helmut Schmidt. En dehors des symboles, il ne reste plus grand-chose au fond, désormais, de l’amitié franco allemande. Pourquoi ? Parce que l’unité de l’Europe se fondait sur un équilibre entre ces deux États. Dès lors que la France a décroché de manière radicale par rapport à son voisin d’Outre-Rhin sur le plan économique, pour n’avoir pas accompli les réformes nécessaires, cette rupture tragique dans l’histoire de l’Europe devenait inévitable.

Nous sommes donc désormais confrontés à l’existence d’une Union européenne qui n’existe plus que par sa bureaucratie, la contrainte et la routine de ses procédures, Léviathan décervelé, aveugle et sans âme. Ce monstre privé d’esprit, d’idéal, de mystique comme disait Charles Péguy, qui n’a plus rien d’une « Union » et encore moins « européenne », peut encore courir quelques années, mais son effondrement, brutal ou progressif, paraît inévitable.

La refondation de l’Europe sera l’une des priorités de l’avenir, une Europe unie, vivante, dynamique, nettoyée de ses vieux oripeaux. Elle pourrait ainsi partir d’un principe simple , susceptible d’être mis en œuvre sans délai, sans réforme des institutions : les grandes décisions internationales, par exemple sur la question d’intervenir ou non en Syrie, se prennent dans le cadre d’une alliance à 6, France, Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Italie, Pologne.

Trop simple, trop évident et donc inconcevable: cela aurait pour effet de priver les uns et les autres de la possibilité de fanfaronner avec des postures guerrières.

Maxime TANDONNET

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