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CHAPITRE 2.

Posté par le dans DES GAULOIS A TON SMARTPHONE.
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An 52 avant J.-C., Vercingétorix ou le cadre fondateur de notre pays.

Cher lecteur, tout d’abord je vais te tutoyer. C’est plus simple pour moi, vu que l’on va rester ensemble un certain nombre de chapitres, autant tomber la veste, sortir les bières et réduire les distances. Pour les lectrices, même tarif mais mâtiné de bonnes manières, bien évidemment. On est français ou on ne l’est pas. La galanterie est l’une des pointes immergées d’une civilisation accomplie.

Nos ancêtres les Gaulois, que tout môme a découvert avec Astérix et Obélix avant que l’Éducation nationale ne les efface des programmes scolaires, étaient divisés en tribus, parlaient un langage commun malgré les nombreux dialectes et tous se comprenaient quand ils avaient envie de se comprendre.

Il est clair que l’Éduen, connu pour sa susceptibilité et qui n’a pas l’intention de capter trois mots de picton, ce rustre des campagnes, ce dernier sera obligé de trouver un traducteur ou de lui mettre sur la trogne. À l’époque, les lettres de relance n’existent pas, Google traduction non plus. On rentre dans le tas, c’est l’avis exécutoire du moment. Du rude.

Nos Gaulois, des gars gaillards, casque à cornes sur la tête, moustache de Caucasien, cheveux de hippies nattés, ingérables en temps normal, râleurs, indépendants, voire intouchables, bouffeurs de sangliers et grands buveurs de cervoise avaient, à l’époque, des institutions assez avancées.

Les tribus gauloises élisaient leurs magistrats et disposaient de gouvernements populaires qui avaient été pour la plupart élus. Sous le casque à cornes et les bastons entre villages, ça cogitait du cervelas et pour le bien commun. En 100 avant J.-C., la Gaule élisait, cahin-caha, ses leaders de cette façon.

C’est tout cet agencement politique que va venir démolir un proconsul romain. Il s’appelle Caius Caesar, Jules César. Un gars fraîchement nommé pour gérer les délocalisations, licenciements et imposer un nouveau code du travail. Il faut être sacrément motivé pour accepter un job pareil. Mais avec un objectif d’OPA sur la Gaule, de bons émoluments qui convainquent madame de suivre monsieur et une prime d’intéressement aux résultats, le choisi, l’élu, ne se pose plus de question : il bosse même le week-end.

César, selon les historiens, viendrait d’un mot punique qui veut dire « éléphant ». Peut-être que l’un de ses ancêtres en aurait justement tué un lors d’une guerre contre Carthage. Va savoir. Mais ce type au statut de proconsul a les dents qui rayent le marbre, le plan de carrière dessiné comme le viaduc de Millau et l’ambition dirigée par GPS. César est un gars qui veut en croquer.

Jules va s’imposer comme une moissonneuse-batteuse dans un magasin de lingerie féminine et va détruire l’ensemble du système gaulois. Il va te transformer un bocage de Normandie en parking de supermarché. César ne compose pas, il exécute, javellise et « remacadamise » le tout. La composition, c’est pour les fleuristes et les musiciens, c’est bien connu. Pas pour les entreprises de démolition.

Il va mener des campagnes à l’intérieur de la Gaule qui dureront sept ans et va utiliser une stratégie qui mérite d’être méditée. Stratégie toujours utilisée aujourd’hui, mais c’est un autre sujet. César a déjà tout compris de l’esprit bourgeois-bohême : quand tu payes et flattes le bobo, t’as la pride avec toi et l’urne bien au chaud.

En reprenant une analyse d’un historien, Amédée Thierry (1797-1873) – tu remarqueras que je te cite mes sources juste pour te confirmer que t’as un bon bouquin entre les mains et non un tract de cartomancienne – a écrit en 1842 à partir de l’étude de Jules César, Histoire de la Gaule :

Depuis le commencement de la guerre, César s’était fait livrer tous les jeunes Gaulois, distingués par la richesse, la naissance ou le rang de leur famille. Il les gardait près de lui, moins comme des auxiliaires que comme des otages, étudiant à loisir leurs caractères et leurs penchants. Il s’appliquait à les corrompre par l’ambition, à les éblouir par la gloire et à étouffer en eux tout sentiment patriotique. De cette pépinière de petits tyrans, sortaient ses instruments les plus dévoués et les traîtres les plus redoutables à la Gaule.

Le proconsul excitait les passions, les activait, les galvanisait, les asticotait, les chauffait à blanc. César payait les chefs de tribus, leur prêtait ses soldats, préparait les intrigues pour ses alliés les plus fidèles et se construisait une conquête facile et en apparence moins odieuse. Il faisait faire le sale travail par quelques Gaulois qu’il avait romanisés en jouant de la séduction et de l’ambition personnelle. C’est-y pas beau, ça ? Se servir des Gaulois pour casser du Gaulois.

Chaque région, chaque ville avait donc son parti romain et son parti national. Déjà, à l’époque, on a des identitaires, des gars de souche qui veulent garder intact leur patrimoine culturel et linguistique alors que d’autres désirent l’ouverture dans un grand tout avec Rome.

Dire que l’on fait les mêmes erreurs aujourd’hui. Je ne suis pas là pour écrire une tribune anti-bruxelloise que j’ai déjà mise sur papier sous le titre Comment sortir de l’Europe sans sortir de table, aux éditions La Bourdonnaye, édité en octobre 2012, mais pour te démontrer et t’apprendre ce que tu devrais savoir si tu n’avais pas passé autant d’heures à chasser la belette sur Meetic ou à te perdre sur Facebook à « liker » des foutaises et partager des niaiseries sans nom.

Les deux groupes, le PNG, le Parti national gaulois et le GAR, la Gaule avec Rome, s’observaient l’un l’autre et en venaient souvent aux mains quand il s’agissait d’élection des principaux magistrats et des collages d’affiches électorales. Le pouvoir, depuis la nuit des temps, ça décuple la masse musculaire. L’un des chefs d’une tribu éduenne avait résumé la situation de cette façon : « César s’est emparé par une perfidie infâme, de tout ce qui conservait encore dans l’âme, quelque indépendance, quelque amour de la patrie. », Dumnorix, chef des Éduens.

Après voir dit cela, il est devenu partisan du parti romain. Un gars lucide qui t’expose exactement la teneur de la situation, manipulation des Romains incluse, en t’expliquant qu’après réflexion avec lui-même, sa belle, les études de ses mouflards et de l’avis de son banquier, la décision de choisir les thermes italiens est le meilleur choix qu’il puisse faire. Pour le bien de tous, bien évidemment. Chérie, t’as les billets pour Rome ?

Les Éduens ont été en permanence en train de naviguer au plus juste, étant à la fois romains avec les Romains et gaulois avec les Gaulois, pensant qu’ils arriveraient à tirer leur épingle du jeu par ce manège de l’ambiguïté totale. L’ambigüité n’a jamais été synonyme de clarté, ni d’équilibre. D’où l’expression « avoir l’arrière-train entre deux viaducs ».

La conquête de la Gaule fut d’abord une conquête contre l’âme d’un peuple ou comment la séduction romaine a fait fondre le cœur des Gaulois en leur proposant parcs d’attraction, pièces de théâtre, crédits à la consommation, routes, jeux à gratter, aubergines farcies et combats de gladiateurs. La séduction, c’est plus efficace que l’affrontement frontal. Demande à ta femme, elle en connaît un rayon.

En 52 avant J.-C., un jeune chef arverne parvient à rassembler beaucoup de tribus gauloises. Un jeune chef que Jules César avait protégé et à qui il avait tout donné. Un jeune chef qui avait gravi les échelons dans les temps, passé et réussi ses concours, servi loyalement Rome et suivi la route que la nomenklatura lui avait tracée. Il était tellement doué, le gonze, qu’il ne s’était même pas arrêté pour prendre ses congés. Un boulimique du travail bien fait. Le genre pressé toujours en avance.

Ce jeune Gaulois se récupère une once de lucidité, un atome d’intelligence qui va mettre sens dessus dessous son logiciel de pensée idéologique. Ce logiciel qui le fait vivre plus que bien dans son loft de 200 mètres carrés, lui offre les honneurs à chaque remise de médaille du travail, une place réservée en boîte de nuit, un chauffeur à temps plein et du « monsieur le chef » admiratif à chaque fois qu’il croise un quidam qu’il ne connaît pas alors que ce dernier a son poster dans sa piaule et deux bâtons d’encens allumés sept jours sur sept pour lui.

Pour profiter des bienfaits de l'idéologie, il faut accepter de mettre en sommeil une part de son intelligence, de mettre son cerveau dans un tiroir. C’est un préalable.

Ce jeune Gaulois ouvre son tiroir, reprend sa clairvoyance, comme ça, sans préavis, pas même une explication, et s’oppose à Rome. Il rassemble ce que César appelle « les gens mourant de faim et misérables ». Le terme « prolo » n’existait pas à l’époque, mais c’est le profil tout aussi miteux et abonné aux aides sociales. Du chômeur très très longue durée et déprimé, du fin de droit perpétuel qui ne vit que dans des files d’attente à recevoir je ne sais quelle aumône en promo. Il va les rassembler et affirmer que l’heure est arrivée de se délivrer des Romains. Gonflé, le petit.

À Gergovie, les Sémons, les Parisii, les Éduens, les Grudiens, les Morins, les Sotiates, les Pictons, les Turons et tellement d’autres tribus (il y en a cent cinquante, je ne vais quand même pas toutes te les citer, non ?) vont répondre à son appel et lui remettre le commandement suprême de la guerre contre le proconsul. Comme tu le constates, mon cher lecteur, des tribus en veux-tu en voilà. Les Gaulois, c’est une appellation ethnique car sous cette étiquette « Appellation d’origine contrôlée », il y a des dizaines de tribus différentes. C’est la diversité avant l’heure.

Après des heures de palabres, de votes, de propositions, de consensus, de litres de cervoise, d’engueulades, les chefs des tribus vont nommer le petit têtu, Vercingétorix.

On va s’arrêter deux minutes, mon lecteur et je t’explique le pourquoi du comment d’un nom pareil alors qu’au départ, son blaze aurait dû être Raymond la Foudre. J’actionne le Google translate gaulois/français : « Cinn » veut dire cent, « gédo » c’est tête et « righ » le chef. Le chef aux cent têtes, aux cent tribus. Y’a de l’idée, non ? Et comme c’est le grand, « ver » en gaulois ancien, le grand chef, le généralissime, il s’appellera Ver-cin-géto-rix. C’est le Vercingétorix, on dit « le Vercingétorix » car on ne connaît pas son vrai nom au petit qui veut tout casser.

Voilà, tu comprends maintenant le pourquoi de lire des bouquins intéressants. Ça te stocke de la culture générale là où t’en manques, mon gars. Ne me remercie pas, t’as déjà acheté ma prose. Merci.

Pour la première fois, Vercingétorix va réussir à fédérer les tribus gauloises, et crois-moi, c’est loin d’être une partie de rami entre vieilles du troisième âge. Surtout quand tu connais ces têtes de pioches de Pictons, de Parisii et d’Éduens.

Crânement, il va se battre, triompher à Gergovie et ramener les armées romaines à de simples auxiliaires de la circulation. Il leur a mis une claque, mais une claque que tu ne pourrais même pas voir au championnat du monde d’Ultimate Fighting Championship. La baffe gauloise dite « la grande dévisseuse ».

En fin de compte, connaissant le Jules et tu t’en doutes, César, n’ayant pas du tout accepté ce K.-O. technique, lui envoie la crème de sa légion et finit par l’encercler dans Alésia. César joue mais pas question de perdre, il y a des limites avec un proconsul que le Vercingétorix n’avait pas encore assimilées.

Il paraît, mais deux mille ans après on peut se lâcher dans toutes les directions, que César rapporte ce propos de Vercingétorix avant qu’il aille se livrer aux Romains : Cette guerre, ce n’est pas la mienne seulement, c’est la nôtre à tous, c’est à la gloire et la liberté de la Gaule.

C’est à ce genre de phrases que l’on voit les grands, des gars qui sont prêts à donner leur corps à la patrie, les futures légendes, les exemples intemporels, les repères historiques, les « qui en ont », les braves de chez nous, les incorruptibles de l’idéologie, les bâtisseurs de gloire, les Ballons d’or de la bravade, les martyrs de la cause, les justiciers de l’histoire, les locataires du Panthéon. Moi, la bravoure pour le drapeau, ça m’a toujours remué les sens et gonflé les pectoraux. À chacun son club de muscu.

La majorité des perdants auraient demandé le meilleur avocat de New York, plaidé des circonstances atténuantes, soulevé, tout en retenant un sanglot, avoir été battus par leur papa, dans certains cas, abusés. Pour ceux qui sont en manque d’improvisation, ils auraient incriminé l’alcool, ce breuvage qui leur a fait perdre l’esprit, ou se seraient plaint d’avoir été abandonnés par leur femme ce qui les a poussés à déraper, qu’ils regrettent un max et qu’ils ne recommenceront plus jamais. Plus jamais, m’sieur le procureur. Promis promis, juré.

Le classique chapelet d’excuses de victimes qu’un bon avocat te métamorphose en vérité absolue. Un baveux, un très bon, c’est un gars qui te mute un mensonge évident en vérité relative. En général, c’est la relaxe qui parachève la prestation de ton champion des prétoires. Maintenant, tu sais pourquoi le client lâche un gros chéquos d’honoraires. Un bon défenseur, ça se paye et tu goûtes à la liberté. Si tu veux faire des économies ou si tu n’as pas la fraîche, c’est le commis d’office, l’avocat discount, mais c’est la taule assurée.

Tout le monde (les intellos et les journalistes qui bossaient pour le pouvoir en place) avait fait courir le bruit et la rumeur que si Vercingétorix voulait fédérer les tribus gauloises, c’était par arrivisme, par ambition personnelle. C’est ce que les Romains s'efforçaient de faire admettre par les populations. C’est petit, non ? Souiller le potentiel héros n’est-il pas le meilleur moyen de faire douter le peuple ?

Vercingétorix est obligé d’admettre sa défaite et se rend à l’issue de la bataille avec noblesse et panache devant Jules César. Il arrive habillé de sa plus belle peau d’ours, son casque à cornes de bœuf briqué comme jamais, ses tongs cirées, sa moustache taillée nickel et jette ses armes aux pieds du proconsul. Du grandiloquent, du théâtral, du sentencieux, une attitude typiquement française, beau et grandiose dans la défaite.

Remember Séville 1982, la bande à Platini, le but de Giresse, le péno manqué de Bossis, le K.-O. de Battiston, et bien cette défaite, mon lecteur assidu et préféré, c’est une victoire. Perdre comme cela, on s’en souviendra dans dix siècles. Pareil pour Vercingétorix. Il y a de la densité à offrir ses armes, son corps, sa vie de cette façon. Alors que la plupart auraient chialé aux pieds du Jules. Le djeun des Arvernes, lui, non.

Le Vercingétorix espérait protéger tous ses soldats qui lui ont fait confiance en se livrant. C’est beau, c’est noble, c’est « panthéonesque » ce don de soi pour les autres. Beaucoup aurait désigné en loucedé d’un doigt discret et poisseux quelques noms pour mutualiser leurs responsabilités. Lui, non. Il assume et cherche à sauver ses grognards. Le moment est beau, sublime, les photographes immortalisent la scène et là, c’est l’étonnement, César se met à l’insulter.

Proconsul ou pas, quand on n’a pas d’éducation, c’est l’arrogance qui prime. Un noblaillon, ce Jules, un nouveau riche russe de la Costa del Sol qui s’imagine qu’avec la caillasse de dollars qu’il a dans les poches, ça lui donne une touche d’éducation. Tout faux, patate.

César réduisit en esclavage tous les prisonniers du soulèvement gaulois et chaque soldat romain reçu un captif comme butin. On connaît les mœurs des romains, c’est déjà les prémices du mariage pour tous, version imposée. Vercingétorix fut emmené à Rome où il fut plongé dans un cachot pendant six ans jusqu’à l’organisation du triomphe de César, en 46 avant J.-C. À la fin des fins, il fut exécuté.

En sept ans, la guerre des Gaules aura fait, selon les estimations des historiens, entre huit cent mille et un million de morts et un million d’esclaves. Ça chiffre, pour l’époque. Ce qui est important de comprendre, c’est qu’un empire n’est pas conciliant et ne veut pas d’alliés, pas d’égaux. Un empire, c’est la pointe de la pyramide et pas moins. Toi, t’es en dessous du dessous. Comme moi.

Un empire asservit ceux qui lui cèdent et détruit ceux qui lui résistent. C’est comme ça et c’est une donnée imprescriptible. Il te ramènera toujours à un guichet de la CAF avec un numéro d’attente ou dans une cellule de dégrisement de souveraineté.

Ce que tu dois retenir, mon lecteur : Il y a plus de deux mille ans, les habitants de la Gaule ont découvert que leur pays pouvait susciter la convoitise de puissances étrangères. Certains Gaulois ont réagi en ordre dispersé. D’autres, généralement les élites, ont adopté le parti romain, par snobisme, par ambition personnelle, par calcul. C’est au moment où tout semble perdu que les tribus gauloises sont capables de miracles en se rassemblant, pas très longtemps, derrière un seul chef pour récupérer leur liberté et leur indépendance. Des vrais, des purs, des indépendants mais battus par arrêt de l’arbitre.

Jean-Luc Mordoh.

 

La semaine prochaine le CHAPITRE 3.

An 315, La Gaule diluée dans l’Empire universel.

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