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CHAPITRE 21.

Posté par le dans DES GAULOIS A TON SMARTPHONE.
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Années 1852-1870, Napoléon III, le retour du mythe impérial et le hara-kiri de la monarchie.

Pour la première fois, un président est élu au suffrage universel censitaire, une élection réservée à ceux qui payent des impôts. Ce suffrage exclut les femmes, les militaires, le clergé et les Algériens. Les Français imposables votent, le reste regarde. Après tout, tu payes, tu votes. T’es pas imposable, tu vas à la pêche. C’est un concept qui se défend.

Les femmes étaient tellement bien calées dans la paume des prêtres, du pouvoir de l’Église que leur donner le droit de vote c’était tout simplement s’offrir la potentialité d’un retour du clergé au pouvoir. Hors de question donc, pas de vote les filles. Quant aux Algériens, eux, ils gagneront leur indépendance un siècle plus tard ce qui, quand tu as la Déclaration des droits de l’homme sous les yeux pendant cent trente ans, est une démarche naturelle.

Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la IIe République le 10 décembre 1848. Le 2 décembre 1852, après un coup d’État, il est proclamé empereur des Français sous le nom de Napoléon III.

Après ce putsch, il décide de créer le Second Empire et transforme le drapeau français. Il le constelle, non pas de fleurs de lys, puisqu’il n’est pas de la famille des Capet, mais d’abeilles d’or qui étaient un des symboles de Napoléon Ier.

Réapparaît un certain nombre de graphismes qui signifient que le pouvoir n’appartient plus au peuple mais à un pouvoir d’origine céleste. Dès que tu changes de régime, mon lecteur investi, le drapeau change aussi.

C’est un réflexe de dictateur de « re-logotiser » les couleurs du pays, une façon de marquer son territoire et de pisser autour de sa tanière. Va savoir ce qu’il se passe dans la tête de ces gars qui veulent diriger le monde.

L’histoire se termine très mal. En 1870, Napoléon III devient Napoléon le Misérable.

Sur les pièces de monnaie satiriques de l’époque, l’Empire français est remplacé par le « vampire français ». C’est un désastre sans précédent. Non seulement Napoléon III est revenu sur la souveraineté populaire, mais il a commis l’erreur, comme Louis XVI, de faire des alliances, non pas pour l’intérêt des Français mais pour jouer les jolis cœurs avec la reine Victoria.  

Le Charles-Louis Napoléon s’est noyé dans le bonheur de la cour, des salons VIP, des milieux autorisés, des filles faciles, des restos luxueux, des chauffeurs à disposition, des gardes du corps, du gyrophare pour un oui ou pour un non et des mallettes sous la table. Tout cela, ça te fait déraper en deux coups les patins le meilleur d’entre nous.

Napoléon III a entraîné la France dans la guerre de Crimée, dans l’expédition de Chine et à chaque fois, les Anglais ont tiré les marrons du feu. La France y était allée pour convertir les âmes, paraît-il. Elle y a laissé ses forces, ses hommes et ses illusions. Une claque historique pour le Frenchie et un Rosbif qui se régale de voir la grenouille groggy.

Le Second Empire durera jusqu’en 1870 puis s’effondre à Sedan. L'armée française, commandée par Napoléon III et Patrice de Mac Mahon, futur président de la IIIe République, vont sombrer contre les forces du kaiser Guillaume Ier de Prusse. La chute fait disparaître les héraldiques impériales sur le drapeau. L’Empire, c’est fini, on reprend le bleu, blanc, rouge.

Que va t-il se passer en 1870 ? À l’époque, il y avait beaucoup de monarchistes qui se divisaient entre les partisans des descendants de Louis-Philippe et les partisans des légitimistes, celui que l’on appelait Henri V, comte de Chambord. Une lutte sourde s’opère pour savoir qui va diriger la France.

Entre-temps, la Commune de Paris adopte le drapeau rouge. La Commune de Paris est une période insurrectionnelle de l'histoire de la capitale qui dura un peu plus de deux mois, du 18 mars au 28  mai 1871. Cette insurrection contre le Gouvernement ébaucha pour la ville un système politique proche de l'autogestion. La Commune est une réaction brutale à la défaite française de Sedan. C’est la gauche qui triomphe entre le 18 mars et le 28 mai 1871. Deux mois c’est peu mais visiblement ça marque encore les esprits d’aujourd’hui à gauche.

La France versaillaise est monarchiste, elle est de couleur bleue. Une grande partie de la droite se tourne vers le comte de Chambord, le futur Henri V, celui qui est né de la duchesse de Berry. Tous les regards se tournent vers lui car une majorité monarchiste désire le pouvoir.

Mais cette évidence n’est pas tout à fait certaine, il y a un mais. Un gros "mais".

On précise au comte de Chambord qu’il doit accepter le drapeau républicain, le drapeau bleu, blanc, rouge et ratifier que la monarchie soit représentative, sans pouvoir, une monarchie comme les Britanniques ou les Suédois. 

Adolphe Thiers et autres gens de droite ont compris l’évolution des esprits et la prise de conscience populaire. On ne peut plus revenir à Louis XIV, ni à Louis XVIII. On ne pouvait plus avoir un souverain de droit divin qui déciderait pour les Français. Cette époque est révolue et l’histoire ne revient jamais en arrière.

Le temps avait passé, il fallait que le futur roi abandonne le drapeau avec l’héraldique aux lys d’or, qu’il souscrive définitivement au drapeau bleu, blanc, rouge et, par la même occasion, à la Constitution qui légifère le pouvoir et les contre-pouvoirs.

À première vue, c’est jouable. Mais Henri est un buté, un cabochard, un borné. Mais il va tomber sur un parpaing plus dur que lui.

Henri d’Artois, dit « le comte de Chambord » dira non. Lui, il veut son drapeau à l’héraldique céleste aux fleurs de lys, sa constitution et il démontre que c’était mieux avant et que l’on ne vienne pas lui casser les bijoux de famille ! Surtout les siens, le réservoir des prochaines lignées prêtes à se caser à Versailles.

Derrière son opposition se cache un principe fondamental, le principe même de la permanence monarchique : est-ce que c’est le peuple qui détient le pouvoir ou est-ce que c’est moi, parce que je suis élu de Dieu ?

Le comte de Chambord, futur Henri V, dira : « Ma personne n’est rien, mon principe est tout. »

Le tenace qui insiste, sûr de son droit et de sa force pour imposer ses principes révolus depuis quelques temps déjà. My name is Henri Five, O.K. guy ? Do you see what I mean ou je te le répète sur un other ton, my brother ?

Il émet tout haut le principe de la monarchie de droit divin, une vision du pouvoir qui doit s’imposer aux Français, que cela plaise ou pas, la vision royale perpétrée depuis la nuit des temps. Un gars attaché aux traditions mais qui n’a pas senti le vent tourner.

Si tu savais, mon liseur attentif, le nombre de types qui ont raté le train de l’Histoire sous le seul prétexte qu’ils se prenaient pour le chef de gare. Je ne les compte même plus.

Pour son sacre, tout avait été prévu. Sur les carrosses d'apparat qui avaient été conçus pour son couronnement de 1871, on y voit l’héraldique céleste avec des fleurs de lys d’or. Quand je dis, on y voit mon lecteur qu’à moi, c’est que tu peux encore le voir aujourd’hui dans un musée de Blois. Riton Five savait préparer ses fêtes.

Tout était prêt mais justement, c’est son principe, sa vision de la monarchie que l’écrasante majorité des Français, même de droite, ne voulaient plus. Définitivement plus. 

À un moment, faut arrêter les couillonnades divines. La couronne, tu la dessines comme tu veux, t’y mets un diams ou deux, c’est ton jouet, mais la Constitution, j’ai mon mot à dire, merde, quoi !

Les orléanistes avaient renoncé au principe céleste et voulaient que ce soit le peuple français qui puisse décider de son sort. Un roi, oui. Mais pas d’un roi qui décide à leur place.

Henri V s’est buté à son principe intangible, a refusé la nouvelle vision du pouvoir et ne monta jamais sur le trône alors qu’il le pouvait. Ce sera le suicide de la monarchie. Un hara-kiri à la française alors que la couronne lui tendait les bras. Abruti.

Ce que tu dois retenir : si cette quiche d’Henri V n’avait pas eu un ego surdimensionné comme un nouveau riche russe de la Côte d’Azur, la France d’aujourd’hui serait encore une monarchie, comme nos amis les Anglais. On aurait, nous aussi, tressailli dès qu’un chiard de la reine aurait montré le bout de son cordon ombilical. Ça tient à peu de chose, une lignée royale.

Jean-Luc Mordoh.

 

La semaine prochaine, le CHAPITRE 22.

Années 1871-1940 - La IIIe République, Jules Ferry et l’enseignement obligatoire.

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