Mercredi, Mai 24, 2017
   
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Adresse aux Élus...

...sur les pulsions qui les gouvernent et l'opportunité de s'en défaire.

Modeste hommage au titre d'un ouvrage de Raoul Vaneigem.

Louis 14 disait «l'État, c'est moi»...
Nos hommes politiques pensent que «l'État, c'est eux»...
Il serait bon qu'ils se souviennent que «l'État, c'est nous !»
Revenons, un instant, sur l'épisode, déjà ancien, de la location d'un jet privé à 116 500 euros. Ce serait tout juste symbolique et maladroit, une simple goutte d'eau, puisque, comme il nous l'a été affirmé, cela n'allait pas avoir d'impact sur le budget du Ministère, ce qui est, tout de même, lourd de signification sur le budget global celui-ci. Ceci étant, il faut raison garder et changer de prisme. Sur la base d'un SMIC net au 1 janvier 2010, soit 1056,24 euros, cette modeste somme représente, tout calcul fait, rien moins que ce qu'aurait touché un Smicard en 9 ans et plus de deux mois de travail. En gros, le quart d'une vie de travail pour l'un afin que l'autre, lui, fasse un voyage en avion !

Dans le même ordre d'idée, souvenons-nous également de ce récent Ministre des finances qui, sitôt nommé, se trouva devoir faire face à une nécessité absolue, celle d'un duplex de 600 m2. Habitait-il à l'autre bout de la France et devait-il se rapprocher du lieu de son travail pour être plus efficace ? Cette famille de 10 personnes se trouvait-elle auparavant logée à l'étroit ? Ou bien, baignant en plein Zola, logeait-elle sous les ponts jusqu'à la nomination du chef de famille ? Que nenni, la réponse est négative à ces trois questions. Mais alors pourquoi ? En fait, on ne sait pas trop, sauf que cela offrait, potentiellement, 60 m2 habitables par personne, alors que bien des Français n'ont même pas une telle surface pour l'ensemble de la famille.

S'agit-il de malhonnêteté, non, pas une seconde, d'une forme d'œdème cérébral qui leur a fait enfler la tête, peut-être un peu, mais, dans l'absolu, c'est presque pire. L'inconscient collectif Français est pourtant pétri de la célèbre phrase de Marie-Antoinette, " le peuple n'a plus de pain, qu'il mange de la brioche " et nous restons dans la même logique, une inconscience qui frise le mépris, une méconnaissance du peuple et de ses véritables conditions de vie qui confine à l'ignorance. Deux mondes qui se côtoient sans se connaître ni chercher à le faire, deux planètes satellites l'une de l'autre.

Mesdames et Messieurs nos Élus, tentez de vous souvenir que nous ne vivons pas comme vous, bien malheureusement, et qu'en ce qui nous concerne, il ne nous suffit pas, en cas de tracas, de feuilleter l'annuaire de La Prestigieuse École pour rechercher celui, ou celle, qui se trouvera au poste clé de Chef de service, de Directeur de Cabinet ou de Conseiller auprès du Ministre et qu'il sera aisé de joindre grâce au sésame du " bon vieux temps ", afin de voir débloquer une affaire délicate. Tentez donc, au moins une fois, de faire la même démarche, comme tout un chacun, en attaquant par le guichet d'accueil dédié au public, c'est à dire au petit peuple... L'expérience vaut le détour, croyez le et, à ce moment là seulement, vous commencerez à entrevoir une partie de vos privilèges.

Mesdames et Messieurs nos Élus, souvenez-vous que dans la vraie vie, c'est à dire celle du Français moyen, atteindre de " hautes responsabilités " expose, surtout, à devoir plus encore en répondre, ce qui est, somme toute, la définition même du mot. La Justice, dans sa grande sagesse, estimera que les conséquences d'une faute, commise à un tel niveau de hiérarchie, n'en seront probablement que plus lourdes et qu'elle aura été commise en toute connaissance de cause, ce qui n'arrangera en rien vos affaires. Dans la sphère Publique, dire que c'est, tout simplement, l'inverse est un secret de Polichinelle. Une catégorie D passera, facilement, en conseil de discipline alors que, s'agissant d'un niveau A ou A+, ce n'est déjà plus " la règle du jeu " et que, plus haut encore dans la pyramide de l'État, le joker abattu sera celui du secret défense ou celui de la raison d'État. Comment prétendre à l'estime et au respect du Peuple si celui-ci est persuadé, même à tort, que les règles applicables ne sont pas les mêmes ?

Mesdames et Messieurs nos Élus, vous subissez cette fameuse " dictature de l'agenda ", soit, mais faites néanmoins l'impossible pour trouver quelques dizaines de minutes, ne serait-ce que de temps en temps, pour vous imprégner des dialogues de quelques séries B américaines, même en version originale. Vous y entendrez une phrase qui fait cruellement défaut en France, celle du "... si vous saviez ce que ça a coûté au contribuable...". Cette obsession du coût, pour la Collectivité, de la moindre décision ou du plus petit dysfonctionnement devrait être votre obsession de chaque instant, et nous en sommes loin.

Mesdames et Messieurs nos Élus, le moyen-âge nous a laissé le souvenir de ces Seigneurs qui, pratiquant la chasse à courre, piétinaient et détruisaient les récoltes du serf-paysan en traversant des champs qui les faisaient vivre, l'un comme l'autre d'ailleurs. N'avez-vous pas quelque part l'impression de reproduire cette forme d'irrespect à l'occasion de réceptions officielles qui, aux heures de pointe et en semaine, paralysent la moitié de la Capitale au mépris de ceux qui travaillent pour les financer, juste le temps de ranimer une flamme célèbre ou de descendre des champs, qui bien qu'Élyséens, n'en sont pas moins ceux d'une population auxquels ils appartiennent en priorité.

Mesdames et Messieurs nos Élus, prenons tous garde, nous risquons une nouvelle Révolution car il n'y manque pas un ingrédient, tant financier que comportemental, et, à l'image de celle de 1789, cette Noblesse de Cour ressuscitée sera la première à en faire les frais, car elle en aura été la cause, sans qu'il soit, cette fois, question de pain ou de brioche, mais d'une attitude digne d'un " à quoi bon faire de la Politique s'il faut se serrer la ceinture " . Sentiment populaire qui pourrait bien, selon le vieux principe du bouc émissaire, se poursuivre dans la rue, par un revanchard, bien que souvent injustifié, " Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, les Énarques à la lanterne ".

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